MEMENTO
 




The Wall :
un pavé dans le mur du son

JCN vous regarde

Année 1977, Balboa est dans les cordes, le visage ravagé, les poings baissés. L'odeur du sang excite le box-office et enivre les spectateurs. C'est la fin des temps modernes, Chaplin casse sa pipe et emmène avec lui les premiers espoirs d'un Hollywood irrévérencieux. Tous les junkies de la planète sont en deuil ; le King a quitté son corps obèse pour libérer son âme du show-business...
 


Voilà ce qui arrive lorsqu'on mange trop épicé...

 
 

Bob Marley et Sid Vicious sont des stars, on est autant rasta que punk-anar. Il est de bon ton d'aduler un groupe, une icône contestataire. Le rock atmosphérique, psychédélique et expérimentale à tendance électronique fait son apparition. Rien que ça. Et c'est certainement l'une des meilleures créations musicales de la fin des années 70. Véritable pierre angulaire de l'innovation musicale post-seventies, il aura ouvert les portes d'un nouveau monde. Le transistor contre la guitare désaccordée de Jimi.

L'album Animals précipite les Pink Floyd dans le vortex de l'ultra-célébrité, tandis que le public est encore en pleine digestion de l'inénarrable Dark Side Of The Moon. Les stades, les comptes en banque et les égos sont remplis comme un Berlinois un soir de fête de la bière. Roger Waters, le génial bassiste-chanteur-mégalomane du groupe, s'enfonce à grande vitesse dans le siphon de sa névrose. Un crachat plus tard dans le visage d'un fan Montrealais trop excité, Waters sombre définitivement. Tel un chalutier breton éperonné en haute-mer par un sous-marin nucléaire.

Le deuxième homme fort du groupe, le six-cordiste David Gilmour, ne lui jettera pas de bouée de sauvetage. La cruelle individualité d'une vie en groupe.

Conscient de la portée de son geste, de l'intensité désespérément dramatique d'une telle réaction, Roger Waters se lance alors dans une écriture compensatoire psychotérapique. Le Mur, l'isolement paradoxal du succès, la sévérité humiliante des écoles traditionnelles anglaises, la peur vaginale. Tout y passe. Le « Daddy » mort en 44 dans les collines d'Anzio. L'angoisse nazie. Les psychotropes, la folie. Quelques semaines plus tard, les autres membres du groupe découvrent l'œuvre à travers une démo enregistrée à la va-vite. Peu importe. L'émotion est là, et le talent immense. Les arrangements et l'enregistrement sont douloureux comme un crochet du droit d'Appollo Creed. Le passage en studio durera 8 mois. Le groupe souffre, mais tout le monde s'accorde sur la puissance du concept.

The Wall sort finalement en 1979. C'est à ce jour, le double album le plus vendu au monde. La qualité de production est incroyable, et sur la composition de Waters, l'ensemble du groupe offre une performance tout simplement extraordinaire. Gilmour rentre définitivement dans le panthéon des « Guitar Heroes ».

Une tournée est organisée l'année suivante. Le film réalisé par Alan Parker en 1982, gangrené par le conflit permanent Parker/Waters, est une véritable épreuve pour le téléspectateur, mais ne participe pas à la cohésion du propos et laisse sans doute un goût d'inachevé.

 

Les Pink Floyds ne se remettront pas de cette expérience. La reconnaissance est totale mais le naufrage déjà amorcé. Roger Waters quittera l'équipage en 1985.
 


Philippe Manouche





 

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